Matériaux pour la recherche philosophique
Réflexions sur l’institution scolaire et l’enseignement

Actualités

RÉFORME DU BACCALAURÉAT ET DU LYCÉE

- Le texte de la Réforme du baccalauréat et du lycée a été publié le 14 février 2018.

- "Les programmes d’enseignement vont être revus pour les classes de première et de terminale à compter de la rentrée 2019, dans une logique d’exigence disciplinaire et de préparation à l’enseignement supérieur."

- Le Conseil supérieur des programmes est saisi pour proposer le contenu de ces nouveaux enseignements.

L’enseignement de la philosophie dans la réforme du lycée : Quelles épreuves ? Quel programme ?

Si l’APPEP et la SO.P.PHI réaffirment leur attachement à un programme de notions, l’ACIREPH, par contre, propose d’y substituer un programme de problèmes. Ce dernier point n’est pas sans rapport avec la mise en question de la dissertation et de l’explication de texte par l’ACIREPH [1] : ces deux exercices, en effet, appellent les élèves à poser des problèmes et non à répondre simplement à des questions [2]. Si le cours lui-même définit les problèmes à l’intérieur desquels le travail des élèves doit s’inscrire, ce travail "dirigé" ne consistera, au mieux, qu’à s’efforcer de défendre de façon argumentée une thèse dans le cadre ainsi prédéfini, et perdra ainsi son caractère proprement philosophique [3]. C’est ce que préfigurent déjà les nouvelles épreuves de "composition" des séries technologiques [4].
Les arguments qui ont conduit à faire de la dissertation et de l’explication de texte les "formes de discours écrit les plus appropriées pour évaluer le travail des élèves en philosophie" [5] sont connus. Pour la dissertation, voir ici même l’article La dissertation philosophique au baccalauréat : son histoire, les raisons de son introduction et son lien avec le programme. Des progrès sont sans doute possibles dans la définition et la préparation de ces exercices, afin de permettre aux élèves de les réaliser dans les meilleures conditions. Mais si l’on propose de les remplacer, encore faut-il que ce soit par des exercices permettant d’évaluer le travail des élèves en philosophie. Ni les propositions de l’ACIREPH, ni les nouvelles épreuves de "composition" des séries technologiques ne vont dans ce sens : elles semblent au contraire reposer sur l’étrange conviction qu’on ne peut éviter l’élitisme et la reproduction des inégalités sociales qu’en mettant fin à la trop grande liberté de réflexion et de composition que donnent aux élèves les épreuves actuelles ! [6]

NOUVELLES ÉPREUVES DE PHILOSOPHIE DES SÉRIES TECHNOLOGIQUES

- Faut-il en finir avec la dissertation ?

Une nouvelle épreuve de philosophie vient d’être instituée en série technologique (en "Science et technologies de l’hôtellerie et de la restauration"). Elle est définie par une note de service publiée cet été : la Note de service n°2017-101 du 4 juillet 2017 publiée au BO n°26 du 20 juillet 2017.

Cette nouvelle épreuve, appelée "composition", se distingue aussi bien de la "dissertation" que de l’"explication de texte", les deux épreuves auxquelles les professeurs préparent leurs élèves dans l’ensemble des séries, et dont le programme de 2005 actuellement en vigueur indique qu’elles sont "les formes de discours écrit les plus appropriées pour évaluer le travail des élèves en philosophie".

Il est sans doute possible de modifier le programme de philosophie, ainsi que les épreuves du baccalauréat qui lui sont associées. Mais on ne saurait le faire sans un débat public préalable, incluant l’ensemble des professeurs de philosophie. L’enjeu est en effet important : l’introduction d’une nouvelle épreuve dans une des sections des séries technologiques n’a de sens que si elle a vocation, dans l’esprit de ses concepteurs, à être étendue à l’ensemble des séries technologiques (voire à l’ensemble des classes terminales). Et elle n’a de sens que si, d’autre part, la dissertation philosophique semble un exercice inapproprié (contrairement à ce qu’affirme le programme de 2005), destiné à être marginalisé, et sans doute, à terme, remplacé par la nouvelle épreuve de "composition".
Cela n’est évidemment pas sans conséquence sur l’enseignement lui-même, les formes qu’il peut prendre et l’esprit dans lequel il est exercé.
Il est peu probable que les professeurs de philosophie souhaitent ou acceptent ces conséquences. Et ce n’est sans doute pas ainsi que pourront être supprimées les difficultés auxquelles se heurte l’enseignement de la philosophie dans des classes où les élèves qui auraient le plus besoin de cours et d’exercices ont des horaires particulièrement réduits.

- PÉTITION
(lancée à l’initiative de professeurs de philosophie de l’académie de Rouen)
Envoyez votre signature à l’adresse suivante : diyoan@wanadoo.fr

- La dissertation philosophique au baccalauréat : son histoire, les raisons de son introduction et son lien avec le programme

- Les nouvelles épreuves de philosophie des séries technologiques

- Dissertation ou composition ? Enjeux d’un débat qui n’a pas eu lieu

- Apprendre à philosopher

[2Alors qu’une question appelle simplement une réponse, qui peut faire l’objet d’un apprentissage passif, un problème appelle une solution, qui engage toujours un travail de réflexion, et doit être construit (cf. par exemple la façon dont Popper construit le problème de l’induction dans La connaissance objective, ch. I ; cf. le concept bachelardien de « problématique »). Et de même qu’il y a plusieurs manières, pour un sujet de dissertation de construire une problématique, il y a également plusieurs manières de comprendre le problème que pose un texte (qui ne coïncide pas nécessairement avec la question explicite que pose son auteur). C’est pourquoi les correcteurs du baccalauréat sont appelés à accepter une pluralité de traitement des sujets (une pluralité de manières de construire une problématique sur un sujet de dissertation, ou une pluralité de manières de comprendre le problème posé par un texte), non par tolérance, mais parce que c’est essentiel à la liberté d’examen dont doivent faire preuve les élèves, liberté inhérente à la démarche philosophique.

[3"Il s’agit, en philosophie et même ailleurs, de trouver le problème et par conséquent de le poser, plus encore que de le résoudre." Bergson, "De la position des problèmes", dans La pensée et le mouvant, p. 51.
"On nous fait croire à la fois que les problèmes sont donnés tout faits, et qu’ils disparaissent dans les réponses ou la solution ; sous ce double aspect, déjà ils ne peuvent plus être que des fantômes. On nous fait croire que l’activité de penser, et aussi le vrai et le faux par rapport à cette activité, ne commencent qu’avec la recherche des solutions, ne concernent que les solutions. (...) C’est un préjugé infantile, d’après lequel le maître donne un problème, notre tâche étant de le résoudre, et le résultat de la tâche étant qualifié de vrai ou de faux par une autorité puissante. Et c’est un préjugé social, dans l’intérêt visible de nous maintenir enfants, qui nous convie toujours à résoudre des problèmes venus d’ailleurs, et qui nous console ou nous distrait en nous disant que nous avons vaincu si nous avons su répondre : le problème comme obstacle, et le répondant comme Hercule. Telle est l’origine d’une grotesque image de la culture, qu’on retrouve aussi bien dans les tests, dans les consignes du gouvernement, dans les concours de journaux (où l’on convie chacun à choisir selon son goût, à condition que ce goût coïncide avec celui de tous). Soyez vous-même, étant entendu que ce moi doit être celui des autres. Comme si nous ne restions pas esclaves tant que nous ne disposons pas des problèmes eux-mêmes, d’une participation aux problèmes, d’un droit aux problèmes, d’une gestion des problèmes.", Gilles Deleuze, Différence et répétition, p. 205.

[4La nouvelle épreuve de philosophie instituée en série technologique pour le baccalauréat 2018 (épreuve de « composition », série STHR) rompt avec l’exigence de réflexion et d’examen critique propre à la dissertation : on demande en effet, aux candidats, dans cette nouvelle épreuve, de faire « un développement personnel argumenté », à partir de questions supposées les guider, développement dans lequel ils doivent utiliser leurs « connaissances » et leur « expérience » (au lieu de les mettre en question) pour « justifier » une réponse, celle qui leur « paraît pertinente », au lieu de chercher ce qui fait réellement problème dans la question qui leur est posée, et de soumettre ensuite l’ensemble des réponses possibles à un examen critique, en vue d’une conclusion libre de tout attachement à la simple défense unilatérale d’un point de vue partiel.

[6Dans les "propositions" que vient de publier l’ACIREPH, la seule alternative qui est présentée est celle de la détermination des épreuves ou du "bavardage" : "La dissertation et l’explication de texte sous leur forme actuelle sont des exercices conçus dans un contexte élitiste, antérieur à la massification scolaire. Déjà critiqués en 1989 dans le rapport Derrida- Bouveresse sur l’avenir de l’enseignement de la philosophie, ils épuisent les professeurs en conseils de méthode et désespèrent les élèves (...) C’est pourquoi l’ACIREPh demande des formats d’épreuve plus clairs dans leurs consignes, guidant davantage les candidats, qui permettront aux correcteurs d’être plus exigeants quant aux attendus. Les épreuves ne doivent pas laisser place au bavardage et à la rhétorique ; elles doivent porter sur ce qui a été enseigné et le préciser dans leur énoncé ; elles doivent permettre d’évaluer tout à la fois les connaissances, les qualités de réflexion et d’argumentation mais sans placer les candidats devant des sujets inconnus ou infaisables." Acireph, Propositions pour l’avenir de l’enseignement de la philosophie, décembre 2017. Ainsi, moins une épreuve est "guidée" et déterminée par des attentes précises, plus elle conduit au "bavardage" et à la "rhétorique". Pour échapper au bavardage, les épreuves doivent porter sur "ce qui a été enseigné" et non sur "des sujets inconnus". Ce que cette alternative semble exclure, c’est la possibilité même d’un libre exercice de réflexion qui ne soit ni du "bavardage", ni de la "rhétorique", qui témoigne d’un apprentissage de l’exercice réfléchi du jugement, exercice d’une pensée autonome qui a sa rigueur propre et est évaluable sans être prévisible. Bref, ce qui est exclu, c’est la possibilité même d’apprendre et d’évaluer un travail philosophique.

  • Auteurs (oeuvres numérisées et études)

    ALAIN ANSELME ARENDT ARISTOTE AUGUSTIN AVERROÈS BACHELARD BACON BERGSON BERKELEY CICÉRON COMTE CONDILLAC COURNOT DESCARTES DIDEROT DURKHEIM ÉPICTÈTE ÉPICURE FOUCAULT FREUD GUILLAUME D’OKHAM HEGEL HEIDEGGER HOBBES HUME HUSSERL KANT KIERKEGAARD LEIBNIZ LÉVINAS LOCKE LUCRÈCE MACHIAVEL MALEBRANCHE MARC (...)

  • Enseigner la philosophie

    Actualités
    L’enseignement de la philosophie dans la réforme du lycée : quels horaires ? Quelles épreuves ? Quel programme ?
    Discussions sur le rapport Mathiot du 24 janvier 2018
    La dissertation philosophique au baccalauréat
    En quel sens l’enseignement de la philosophie doit-il être "élémentaire" ? (...)

  • Notions, thèmes, domaines

    Action
    Croyance
    Culture
    Démonstration
    Échanges
    Esprit
    État
    Existence
    Expérience
    Forme
    Histoire
    Individu
    Interprétation
    Justice
    Liberté
    Machine
    Mal
    Matière
    Métaphysique
    Monde
    Morale
    Mouvement
    Nature
    Nécessité
    Négation
    Politique
    Religion
    Technique
    Vie
    Vérité (...)

Présentation

, par  Antoine Leandri

Ce site, qui contient une bibliothèque d’oeuvre philosophiques numérisées (initialement créée pour le site de philosophie de l’académie de Créteil, où l’on peut en trouver une première version, développée de façon indépendante), mettra également en ligne des bibliographies, des études et des recueils de textes.
Une rubrique (destinée à être développée) sur l’enseignement philosophique dans le secondaire et en CPGE propose des articles visant à ouvrir des discussions sur les conditions d’exercice de cet enseignement, son "évaluation", ses transformations éventuelles sous l’effet des réformes et des évolutions de l’école, ses finalités.
Il sera également ouvert à des réflexions sur l’enseignement secondaire en général et sur les classes préparatoires aux grandes écoles.

Antoine Leandri
Administrateur du site

Statistiques

Dernière mise à jour

  • mardi 20 février 2018

Publication

  • 115 Articles
  • Aucun album photo
  • Aucune brève
  • Aucun site
  • 1 Auteur

Visites

  • 29 aujourd'hui
  • 124 hier
  • 43056 depuis le début
  • 5 visiteurs actuellement connectés